Portrait d'artiste
Rencontre avec ugo jobin
Il est l’un des mixologistes les plus reconnus dans la profession, consultant auprès des plus grandes marques des spiritueux et créateur du Ugo&Spirits, société de conseil et de formation sur les métiers du bar, société d’événementiel spécialisée dans le service de cocktails haut de gamme.
Comment définiriez-vous votre art ?
Pour moi, la mixologie, c’est l’art du mélange par excellence, la quête permanente du goût et du raffinement. Cela correspond à faire vivre une expérience au client en délaissant le fait de servir une simple boisson.
C’est la recherche de l’alliance parfaite des saveurs et ce en mélangeant des spiritueux supérieurs avec des fruits frais, légumes, épices ou herbes.
Ce qu’apporte la mixologie à un simple cocktail, c’est l’expérience ; le but est de transformer le moment que le client va passer au bar en un « instant ».
J’ai l’habitude de dire que la mixologie, c’est la gastronomie du cocktail car il y a d’évidentes similitudes avec les méthodes de travail et la démarche d’un grand chef. Tous deux sont avant tout des artisans du goût, à la recherche d’assemblages permettant de révéler, de sublimer toute la richesse gustative des ingrédients qu’ils utilisent.
Qu’est-ce qui a déclenché votre vocation ?
Un peu le hasard. J’ai commencé par pratiquer le Flair*, pour le fun. C’est là que j’ai découvert l’univers des cocktails. J’ai eu envie d’étudier les spiritueux. Je me suis formé sur le terrain lors d'événements puis en apprenant le bar à l’américaine par des standards dit “TGI Friday’S”, en composant entre autre 250 cocktails internationaux, des techniques de service etc.... Etant un éternel insatisfait et un boulimique de connaissance, j’ai commencé à faire des recherches sur des produits incontournables du bar que l’on ne trouvait pas en France. Je me suis donc rendu à Londres (capitale mondiale du bar) pour les acheter et les expérimenter. C’est là que s’est joué un tournant décisif dans ma carrière.
En rencontrant des barmen professionnels à Londres, j'ai subi un véritable choc qui m’a confronté à la réalité des cocktails "standards" que je servais à l’époque.
Comparés aux cocktails dit Long-drinks qui utilisaient beaucoup de crèmes, sirops ou liqueurs, ces barmen n’utilisaient quasiment que des fruits frais ou des légumes et des produits de qualité tellement supérieure à ceux que l’on utilisait. Du coup, j’ai goûté, discuté, échangé et passé plusieurs week-end à Londres.
Que recherchez-vous avant tout dans vos créations ?
De nouveaux goûts authentiques, qui apportent un réel plaisir de dégustation. Avec des spiritueux « premiums », de qualité irréprochable, de vrais jus de fruits ou de légumes frais soigneusement choisis, des épices, on peut réaliser des assemblages sublimes. J’ai vraiment envie d’étonner les gens, qu’ils se sentent comme dans un restaurant en voyant une carte alléchante avec des produits qui ont l’air excellents mais sans réellement savoir ce qu’ils vont déguster. Le simple fait de voir le visage des consommateurs à la première gorgée indique tout de suite si on a réussi ou non.
Comment voyez-vous l’évolution de la mixologie ?
Je pense que c’est une tendance lourde du cocktail. Les modes de consommation ont changé. Aujourd’hui, les gens boivent moins mais veulent boire mieux. Ils sont beaucoup plus attentifs à la qualité, ils sont curieux de découvrir de nouvelles saveurs. Cela va aussi faire évoluer la profession de barman, lui redonner la créativité et les honneurs qu’elle mérite. Cela va faire prendre conscience également de la nécessité de professionnaliser cette activité à part entière. J’espère à terme que pour être barman avoir des “bras” pour manier un shaker ne suffira plus et qu’enfin le statut de mixologiste soit aussi reconnu que celui d’un chef étoilé.